Présentation :

Réclame pour le spectacle de François Pelletier qui s’est tenue à Rennes, rue Saint-Georges, deuxième moitié XVIIIe s. (ADIV 1F 1858)

Commentaire :

François Pelletier était un illusionniste français du XVIIIe siècle, un amuseur, venu de la foire. Installé en 1784 au Palais-Royal, c’était surtout un « physicien amuseur » qui opérait essentiellement sur la scène des théâtres. A Rennes, il proposait un spectacle où l’on pouvait assister à « un calcul nécromancien » qui prétendait dévoiler la pensée de tous les personnes présentes. Parmi les autres tours présentés à Rennes, « le petit matelot » est une figurine qui vogue sur un bassin entouré de cartes : il va chercher celle qu’on lui a désignée et l’apporte à la personne qui le lui a demandé. Comme le précise Pelletier dans une autre annonce, « ce spectacle physique est fort amusant et mérite d’être fréquenté ». Virtuose dans la manipulation d’objets, comme dans l’art de l’illusion visuelle, ce prestidigitateur est notamment célèbre pour avoir produit un spectacle de magie à la cour impériale de Vienne. Dans l’assistance, un ingénieur hongrois, Wolfgang von Kempelen (1734-1804) fut incapable d’expliquer les tours de l’ingénieur français mais décida de faire encore mieux. Il construisit alors un automate joueur d’échecs, « le Turc mécanique », qui remporta un immense succès en Europe, battant même Catherine II de Russie ou Napoléon Bonaparte. En réalité, un joueur était caché à l’intérieur de la machine et contrôlait les mouvements du « Turc ». A la même époque, d’autres « savants » durent aussi leur renommée à leurs prétendues connaissances scientifiques. Franz Anton Messmer (1734-1815) vantait les effets du « magnétisme animal », une capacité qu’aurait tout homme de guérir son prochain grâce à un fluide naturel. Autour d’un « baquet », les patients touchaient ainsi des tiges métalliques aimantées avec les parties malades de leurs corps. En 1784, Lavoisier et Franklin démontrèrent l’inexistence de ce fluide magnétique et donc son inutilité dans les guérisons. D’une certaine manière, la carrière de Pelletier illustre le fait que la science est à la mode au XVIIIe siècle, et celui-ci, tout comme d’autres à l’époque, exploita tout simplement cette mode pour son plus grand profit. Malgré ce que l’on pourrait croire, la science n’a pas fait reculer la magie ou la religion : la magie a su plutôt s’emparer des progrès scientifiques pour devenir un art de scène. 

S’il fut bien illusionniste, François Pelletier se définissait pourtant lui-même comme « ingénieur-machiniste », et cela ne doit pas être pris totalement à la légère. Depuis le XVIIe siècle, la figure de l’ingénieur est reconnue, et la création de l’Ecole des Ponts et Chaussées en 1747 permettait la formation d’ingénieurs civils. François Pelletier n’est certainement pas un savant aussi illustre que Fahrenheit, Benjamin Franklin ou les frères Montgolfier, mais, à son échelle, il fut aussi un des participants de la révolution technique des Lumières qui annonce et prépare la Révolution industrielle. Il travaillait notamment sur le magnétisme et un de ses tours, « la transformation des métaux » résulte des découvertes sur « le moyen de donner aux métaux, et particulièrement au fer et à l’acier, ce poli parfait qui en augmente infiniment la valeur. Cette découverte est d’autant plus importante que l’Angleterre jouissait par le fait d’une sorte de privilège exclusif à cet égard, et qu’on était réellement fondé à donner la préférence aux ouvrages d’acier ». Il se retrouva ruiné à la Révolution, mais ses travaux pouvaient encore servir : le 4 janvier 1795, il obtint une pension de 300 livres de la part de la Convention nationale en échange du don à la République de l’ensemble de son « cabinet de machines propres à perfectionner les arts mécaniques ». Ses pièces furent renvoyées au Comité d’instruction publique afin d’être examinées. 

Chercheur, il sait aussi se faire vulgarisateur. Il offre « aussi d’enseigner à des conditions raisonnables, ceux qui désireront acquérir des notions dans la mécanique et l’hydraulique, et ses secrets et procédés dans différents genres d’amusements ». Par le biais de ses démonstrations et de ses spectacles d’illusionniste, il s’attache à la diffusion des sciences au sein de l’Europe des Lumières. Comme il l’indique lui-même, avant de venir à Rennes, « il a eu l’honneur de faire voir ses expériences curieuses très longtemps à Paris et devant plusieurs cours étrangères » : installé à Paris, il se déplace en province, à Rennes notamment, mais aussi devant Marie Thérèse d’Autriche à Schönbrunn, il est de plus pensionnaire de l’infant d’Espagne. La « décence » de ces spectacles permet aux ecclésiastiques de venir, mais Pelletier vise aussi spécifiquement un public féminin. En assistant aux « grands Tours curieux », les dames de Rennes ont ainsi pu connaître les changements scientifiques en cours à Paris et dans l’ensemble du monde occidental. L’engouement pour les sciences favorisait d’ailleurs de nombreux contacts entre scientifiques, vulgarisateurs et amateurs, aussi bien dans les salons, les académies que dans les livres comme l’Encyclopédie. Angers a une académie dès 1685, Brest une académie de Marine en 1752. Si la capitale bretonne n’eut pas d’académie, en raison des difficultés politiques qui agitent les milieux cultivés, elle possédait toutefois une chambre de lecture et en 1757, elle eut droit à la première des Sociétés d’Agriculture fondées en France. Il ne faut pas oublier non plus le cabinet de curiosités du Président de Robien à Rennes, dont la renommée dépassait les frontières. Grâce au théâtre, Pelletier diffusait finalement, à sa manière, quelques traces de la culture savante au sein de la culture populaire ou du moins provinciale

Nicolas CORRE

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