
Présentation :
Courrier du ministère de l’instruction publique et des cultes. Paris, le 2 septembre 1831. « Pour engager les ecclésiastiques de son diocèse à se renfermer dans l’exercice de leurs fonctions », (ADIV 1V10)
Transcription :
Paris, le 2 septembre 1831
Les retraites ecclésiastiques pourraient avoir lieu à Rennes
Monsieur le Préfet, vous m’avez communiqué le 26 août dernier, la lettre que vous avez écrite à Monsieur le lieutenant général Bonet. J’en approuve entièrement le contenu. Je ne vois rien qui s’oppose à ce que les retraites ecclésiastiques puissent avoir lieu comme à l’ordinaire lorsque les autorités locales jugent qu’elles ne doivent point troubler la tranquilité publique seule considération qui justifierait, dans des cas très rares, de légères entraves à la liberté religieuse.
Je vous invite à prendre les mesures que vous jugerez convenables pour faire connaître le véritable but de ces réunions et éclairer ainsi l’opinion, ce qui évitera qu’elle ne leur attribue un tout autre motif.
Je crois encore utile que vous renouveliez à Monseigneur l’Evêque la recommandation que vous lui avez faite de saisir cette occasion pour engager les ecclésiastiques de son diocèse à se renfermer dans l’exercice de leurs fonctions et à maintenir par leurs discours et leurs exemples la paix et la concorde dans les paroisses qu’ils dirigent
Recevez Monsieur le Préfet, l’assurance de ma considération la plus distinguée.
Le pair de France, Ministre Secrétaire d’Etat de l’Instruction Publique et des cultes, Montalivet
Présentation :
Succédant à la déchristianisation révolutionnaire, les missions intérieures se sont multipliées sous la Restauration afin de convertir les villes et les campagnes françaises. Rassemblant des foules spectaculaires, elles se caractérisaient par des prédications et des « retraites ecclésiastiques », de grandes cérémonies et des campagnes moralisatrices marquées parfois par un autodafé de livres mis à l’Index.
Pour commémorer le passage d’un évangélisateur, des croix dites de mission pouvaient être érigées comme à Rennes en 1817 ou à Saint-Malon-sur-Mel en 1831. Certaines de ces retraites ecclésiastiques ont été des succès incontestables sur le plan religieux mais pour beaucoup, ces entreprises manifestaient surtout l’alliance nouée entre la Monarchie des Bourbons et l’Église catholique. En réaction, lors des « Trois Glorieuses », les manifestants vont s’en prendre aux croix de missions, et multiplier les manifestations anti-religieuses, comme la mise à sac de l’archevêché de Paris. Passés l’effervescence de l’été 1830, les libéraux de la Monarchie de Juillet prennent leur revanche contre l’Église et vont peu à peu faire disparaître les croix de missions « sous le rapport du maintien de l’ordre public qui est assurément de la compétence de l’administration ». Il n’est pas question d’abattre massivement toutes ces croix, sous peine que cela ne soit considéré comme une politique de persécution religieuse. Le gouvernement peut intervenir cependant dès lors que les croix ont été élevées sur des terrains communaux, sans autorisation spécifique.
Dans ce courrier du pair de France Camille de Montalivet (1801-1880), le « ministre secrétaire d’État de l’Instruction publique et des cultes » suggère au préfet d’Ille-et-Vilaine Pierre Thomas le Roy de Boisaumarié (1773-1837) de recommander à l’évêque du diocèse « d’engager les ecclésiastiques de son diocèse à se renfermer dans l’exercice de leurs fonctions et à maintenir par leurs discours et leurs exemples la paix et la concorde dans les paroisses qu’ils dirigent ». Il réagit à la mission qui vient d’avoir lieu à Saint-Malon-sur-Mel (Ille-et-Vilaine) sans autorisation préfectorale. Si l’affaire est mineure, le nouveau régime est dans l’obligation d’affirmer son autorité face aux ecclésiastiques nommés sous la Restauration. Ces derniers regrettent le roi du Sacre et surtout ils acceptent mal le fait que la religion catholique ne soit plus religion d’État. Si la monarchie de Juillet a modifié la Charte, elle se garde bien cependant de remettre en question le Concordat. Grâce à ce texte, les évêques sont en effet choisis par le gouvernement, qui nomment ensuite les curés. L’exécutif est aussi en mesure de suspendre le traitement de desservants, prêtres ou d’évêques dont les déclarations auront déplu. Pour vaincre les réticences du clergé, préfets et sous-préfets sont amenés à rappeler régulièrement aux curés de leurs circonscriptions qu’ils sont dans l’obligation de prier pour le nouveau « Roi des Français » Louis-Philippe : Domine salvum fac regem nostrum (« Seigneur, sauve notre roi »).
Nicolas CORRE
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