Présentation :

Sceau « en navette » de Blanche de Navarre, duchesse de Bretagne (1236-1283). Au dos, le contresceau porte le légende, HOC EST (sigillum) SECRET(um) MEUM, « Ceci est mon sceau secret ». 1263 (ADIV 1 E 2/1). 

Richement vêtue, représentée en pied avec un léger déhanchement, la duchesse porte une couronne et tient un sceptre surmonté d’une fleur de lys dans la main droite.

Commentaire :

Le sceau peut permettre de déterminer la place de la femme au sein de la société féodale. Blanche de Navarre (1226-1283) porte sur son sceptre une fleur de lys. Cette descendante de Charlemagne avait en effet épousé en 1236 le duc de Bretagne, Jean Ier le Roux (1217-1286). Celui-ci appartenait à la dynastie des Capétiens qui avait choisi le lys comme emblème familial. Par cette fleur, elle indique donc clairement le clan qu’elle vient d’intégrer et qui fait sa force. Comme l’indique la légende, « Blanche, duchesse de Bretagne » était aussi une femme de pouvoir. Comme sur les sceaux des reines de France, cette femme porte une couronne et un sceptre. Il s’agit de signes d’autorité mais cela ne veut pas dire nécessairement qu’elle ou son époux voulaient concurrencer les rois de France. Cependant, comme le roi en son royaume, le duc voulait être le seul souverain en son duché, et comme le suggère cette image, il acceptait de partager une part de son pouvoir avec sa femme. En Bretagne, cela n’avait rien de surprenant puisque Jean Ier le Roux avait hérité par sa mère, Alix de Thouars, du titre de duc. Une femme bretonne ne pouvait régner seule, mais à la différence de la France, la Bretagne acceptait que les femmes puissent transmettre le pouvoir.

Le sceau permet aussi d’en apprendre beaucoup sur la mode féminine au Moyen-Âge. Les femmes portaient généralement deux tuniques, passées l’une par-dessus l’autre. La tunique de dessous, ou chainse, n’est ici visible qu’au niveau du cou et des manches alors que la tunique du dessus, appelée bliaud, est très étroite, ajustée à la forme de la poitrine, des hanches et des bras. La jupe retombe jusqu’à terre. La taille est soulignée par une simple ceinture. Parfois, cet accessoire servait de prétexte au déploiement du plus grand luxe et s’ornait de bijoux ou de magnifiques tissus. Blanche porte aussi une chape, un long manteau sans pli retenu par une agrafe et qui descend jusqu’aux pieds. La duchesse a choisi de doubler son manteau de fourrure d’hermine, une évocation de la Bretagne. Les sceaux constituent une source d’information sur les modes vestimentaires mais bien souvent, il est difficile de déterminer la matière employée, la couleur des tissus ou leur ornementation. Cela laisse beaucoup de place à l’imagination.

Gravure représentant le sceau de Blanche de Navarre, duchesse de Bretagne (1236-1286)
Source : Dom Morice, Mémoires pour servir de preuves à l’histoire ecclésiastique et civile de Bretagne, Paris, 1742-1744.

D’une manière générale, les images figurées sur les sceaux peuvent être très variées, et parfois d’une très grande finesse. Elles procurent de précieux témoignages sur la culture ou le folklore médiéval. On peut ainsi en apprendre beaucoup sur la vie quotidienne, les modes vestimentaires, ou les outils utilisés par les différentes corporations. Les choix iconographiques diffèrent selon le sexe ou la position sociale du sigillant, selon les origines géographiques ou les époques. Face à la diversité des styles possibles, on peut distinguer malgré tout quelques genres plus ou moins répandus. Il existe dans l’absolu une grande variété de formes, carré, triangulaire, voire même en poire, mais les sceaux sont la plupart du temps circulaire ou « en navette », une sorte d’ovale pointu à ses deux extrémités. Les hommes du Moyen-Âge avaient hérité de l’Antiquité l’habitude de porter un anneau dont le chaton servait de matrice, ce qui explique que les sceaux étaient le plus souvent circulaires. Par contre, la forme ovoïde permettait de représenter plus facilement des personnages et fut plus particulièrement utilisée par les femmes ou les communautés religieuses. La distinction de forme n’est cependant pas qu’une question de genre : certains évêques l’utilisaient aussi afin de se représenter de la tête jusqu’aux pieds, avec les attributs de leur fonction.

Nicolas CORRE

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