
Présentation :
Tract anticlérical : « A bas Henry V ». (1 M 147 ADIV). 1873
Commentaire :
Au mois d’octobre 1873, lorsque ce texte est rédigé, la situation politique est trouble : si la IIIe République est bien proclamée le 4 septembre 1870, les élections du 28 janvier 1871 ont donné une chambre aux deux tiers royalistes. Les négociations traînent depuis lors pour une éventuelle restauration et amener au pouvoir Henri V, petits-fils de Charles X, duc de Bordeaux et comte de Chambord. Celui-ci est le dernier descendant de la branche aînée des Bourbon, prétendant au trône de France. Ses partisans considèrent « l’enfant du miracle », le fils posthume du duc de Berry assassiné en 1820, comme le seul roi légitime, mais ses opinions politiques très tranchées ne facilitent pas les ralliements : le « panache blanc » cité par le document fait en effet directement référence au drapeau blanc de la Restauration, symbole des idées réactionnaires du duc de Chambord. Le 5 juillet 1871, ce dernier avait d’ailleurs publié un manifeste dans lequel il montrait son attachement aux valeurs d’Ancien Régime (« je ne laisserai pas arracher de mes mains l’étendard d’Henri IV »). Le 14 mai 1873, face à l’intransigeance du prétendant au trône, Adolphe Thiers, président de la République en exercice depuis 1871, entérine l’échec des négociations et déclare devant l’Assemblée nationale que « la monarchie est impossible ». Les députés le poussent alors à la démission, et portent au pouvoir le général Mac Mahon. Aidé par le duc de Broglie, nommé président du conseil, celui-ci prépare « avec l’aide de Dieu » le retour du roi et la mise en place d’un nouvel « ordre moral ».
La politique d’ « ordre moral » vise à la fois à une reconquête religieuse de la société française et entend lutter contre les idées des Lumières. Le 20 juin 1873, une centaine de députés monarchistes se font pèlerins et partent ainsi à Paray-le-Monial, prier avec le rosaire du Sacré Cœur de Jésus et chanter un cierge à la main « Sauvez, sauvez Rome et la France ». Les mesures vexatoires se multiplient : la célébration du 14 juillet est interdite, les cabarets doivent fermer le jour du Seigneur. Le Concordat arrange les monarchistes car il permet d’enrôler l’Église de France au service de combats partisans. Cependant, si le pape est bien favorable à une possible restauration de la monarchie, il n’est pas certain qu’il ait apprécié de voir la religion ainsi manipulée par le gouvernement. Comme le montrent ces inscriptions conservées aux Archives, toutes ces initiatives politiques ne font qu’aviver l’anticléricalisme, le dénigrement du catholicisme et du clergé. L’auteur n’est pas un extrémiste car il soutient Adolphe Thiers, vainqueur de la Commune et partisan proclamé d’une « République conservatrice ». Mais l’ordre moral prôné par de Broglie va rendre impossible toute conciliation entre les Républicains modérés et l’Église catholique. La calotte, bonnet rond qui couvre la tête des ecclésiastiques catholiques, désigne par métonymie l’ensemble du clergé, et « à bas la calotte » devient le cri de ralliement de la gauche. Le prince Henri avait bien averti qu’il ne fallait pas que les évêques se mêlent des affaires temporelles, ce qui ne serait « pas moins contraire à la dignité et aux intérêts de la religion elle-même qu’au bien de l’État ».
Nicolas CORRE
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