Présentation :

Carte (1 Fi 114-1 ADIV) : Gouvernement de Bretagne, Pays d’Etats dont les Villes qui ont le droit d’y députer dont distinguées par un Astérisme avec les grandes routes et chemins de Communication… par M. Brion,.. chez le Sr Desnos. 1771

Contexte :

Cette magnifique carte a été réalisée en 1771 par Brion de la Tour, ingénieur-géographe du roi, et a bénéficié des recherches entreprises par les Cassini, auteurs de la première carte topographique à l’échelle du royaume. Ce document fait partie d’un ensemble plus vaste, l’« Atlas général, méthodique et élémentaire pour l’étude de la géographie et de l’histoire moderne ». Les descriptions historiques et géographiques qui encadrent la carte sur ses marges indiquent que ses visées sont avant tout pédagogiques. Comme le suggère la présence de canons ou de fleurs de lys, l’Atlas a été réalisé pour l’instruction de la jeune noblesse de l’École royale militaire, créée par Louis XV. La Géographie était une des matières enseignées, aux côtés de l’Histoire, du Dessin ou des Mathématiques ; les cours prenaient alors la forme de conversations, afin d’alimenter la réflexion des futures stratèges et tacticiens. Au cours de la « seconde guerre de Cent Ans », la province est en effet au centre des affrontements entre Français et Britanniques : les Anglais ont débarqué à Cancale en 1750, à Saint-Cast en 1758, Belle-Île a été occupée entre 1761 et 1763. De plus, les militaires se devaient de connaître l’état de leur pays, au moins ceux qui se destinent à la diplomatie. « Le gouvernement de Bretagne » dresse ainsi un portrait de la province à la fin du XVIIIe siècle

Commentaire :

L’accent est mis sur l’organisation administrative ou religieuse de la province ; on évoque ses productions comme la « pêche abondante d’huîtres » à Cancale. Elle a ses propres traditions, comme la « lieue de Bretagne », distincte de la lieue de France, définie comme le vingtième d’un degré du périmètre terrestre. Les neuf diocèses historiques sont clairement délimités, même si celui de Dol est plus particulier que cela n’apparaît sur la carte. Comme dans le reste de la France, la plupart des diocèses remontent à l’époque gallo-romaine. Néanmoins, l’érection tardive de Saint Paul de Léon en évêché est le témoin de l’immigration massive des Bretons à partir du VIe siècle. Son « premier évêque, nommé Paul », venait lui-même du Pays de Galles. Cette double culture, entre héritage gallo-romain et influence bretonne, est marquée sur la carte par l’opposition entre Haute et Basse Bretagne. La première regroupe les diocèses de Rennes, Dol, Nantes, Saint-Malo et Saint-Brieuc et correspond aux régions où le gallo et la langue française étaient majoritaires en 1770. Par contre, le breton s’imposait dans les diocèses de Saint-Pol-de-Léon, Quimper, Vannes et Tréguier. Le tracé est discutable car la frontière linguistique n’a jamais épousé parfaitement celle des diocèses. Le Croisic était encore bretonnant par exemple. La « muraille de Chine » qui sépare Haute et Basse Bretagne correspond à une réalité culturelle, mais certains font remarquer que la hauteur en question évoque plutôt la proximité plus ou moins grande avec Paris. Ces toponymes traduiraient le fait que la Bretagne est bien rentrée dans l’orbite de la France.

Double, la Bretagne, est cependant ambivalente dans sa relation avec le reste du royaume. Depuis l’Édit d’Union, elle a été progressivement intégrée, mais tout en sauvegardant ses « libertés ». Le rattachement a eu lieu d’abord de manière tout à fait pragmatique. Brion de la Tour, spécialiste du tracé des routes, a représenté les différents « chemins de communication » d’une ville ou d’un bourg à l’autre. Un réseau en étoile se met en place autour de Rennes ou de Nantes ; grâce au système de la corvée, les paysans des campagnes bretonnes participent à l’érection de grands chemins qui vont relier les grandes villes entre elles, et la Bretagne à la France. Cependant cette intégration n’implique pas une uniformisation. Le titre de la carte insiste en effet sur le « gouvernement » de la Bretagne. Cette dernière a su conserver des « États », une forme de parlement régional où sont représentés les Nobles, le Clergé, mais aussi les Villes, distinguées par un « astérisme » sur la carte. Leur rôle essentiel est de négocier le montant des impôts demandés par le roi, d’en assurer la répartition et la collecte. Leurs pouvoirs sont proches de ceux des États du Languedoc ou de Provence, mais, par rapport aux autres, ils sont peut-être plus attachés à leurs « libertés ». Entre 1758 et 1770, l’intendant du roi, le duc d’Aiguillon est en effet en conflit avec eux et « l’affaire de la Chalotais » envenime les relations entre Paris et la province. Décidée à faire respecter ses « libertés » et ses privilèges fiscaux, la Bretagne non seulement n’est pas soumise à la gabelle mais elle paie finalement jusqu’à la Révolution peu d’impôts au roi. 

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