Présentation :

35 Fi 30 ADIV (Fonds Regnault). Dessin aquarellé sur calque. Mars 1887. Tinténiac/Liffré

Contexte :

Le XIXe s. est marqué par une véritable « fièvre bâtisseuse » d’églises, et plus particulièrement en Bretagne (168 constructions dans le seul département d’Ille-et-Vilaine). Plusieurs facteurs expliquent ce fantastique mouvement de construction ou de restauration : le délabrement des églises, l’augmentation de la population dans les paroisses urbaines principalement, mais aussi un besoin de reconquête des âmes. L’architecte A. Regnault participa pleinement à cet élan de renouvellement du patrimoine religieux. Arthur Regnault (1839, Bain-de-Bretagne – 1932, Rennes) fut un architecte français particulièrement actif. Il construisit ou modifia plus de cent cinquante édifices publics ou privés, principalement en Ille-et-Vilaine (il est intervenu sur 1/3 des églises du département). L’homme et son œuvre sont inclassables, à cheval entre deux siècles : parfait représentant de l’éclectisme architectural qui marqua le XIXe s., son utilisation du béton armé sur le chantier de Tinténiac annonce pourtant le XXe s. A. Regnault est principalement connu pour ses églises néo-byzantines, comme celles de Saint-Senoux ou de Corps-Nuds, avec leurs clochers à bulbes au profil aisément reconnaissable, mais il construisit aussi des églises néo-gothiques de style breton. Architecte brillant, il accorda une attention particulière à la décoration de ses églises, et élabora une partie de leur mobilier : chaire, maître-autel, confessionnaux …

Commentaire :

Ce plan destiné à l’origine pour Tinténiac illustre parfaitement le travail de d’Arthur Regnault. Comme le montre la rature du titre, le document servit finalement à l’édification entre 1888 et 1892 de la nouvelle église de Liffré, à la place d’un bâtiment largement dégradé datant du XVIe siècle. Le financement de la construction d’une église à l’époque du Concordat pouvait parfois être difficile et l’intervention manuscrite de l’auteur illustre les vicissitudes de la vie d’un architecte de bâtiments religieux, particulièrement sous la IIIe République. La société restait encore très largement christianisée, mais connaissait une phase de sécularisation accélérée mise en œuvre par l’État républicain entre 1880 et 1910.

Le style romano-byzantin, le plus caractéristique de cet architecte, apparaît nettement sur cette esquisse. A. Regnault adopte ici un plan centré, allongé à trois vaisseaux, que l’on retrouve aussi dans celui de l’église de la Fresnais ou de Corps-Nuds. Le plan est suffisamment clair pour permettre un repérage des différents éléments architecturaux caractéristiques d’une église (chevet, chapelle, abside, narthex, chœur…). Le document peut d’ailleurs être croisé avec des plans de coupe de l’église ou des photographies contemporaines afin de définir précisément le style néo-byzantin.

 Viollet-Le-Duc considérait que l’architecture de son époque présentait « le mélange le plus bizarre de styles, de modes, d’époques et de moyens, mais sans jamais pressentir le moindre symptôme d’originalité ». Afin de combattre ces préjugés encore vivaces, et de saisir cette notion d’éclectisme qui caractérise en partie l’architecture d’A. Regnault, il pourrait être pertinent de comparer ce plan avec des représentations d’autres réalisations de l’ « architecte-voyageur » breton, et caractériser à chaque fois le style employé :

– les églises néo-byzantines : Corps-Nuds, (1881-1890) ; Liffré (1888-1892) ; Maxent (1893-1896) ; La Fresnais (1893-1899) ; Maure de Bretagne (1894-1898) ; Saint- Senoux (1896-1897) ; Tinténiac (1899-1908) ; « Jeanne d’Arc » à Rennes (1914-1924)…

– les églises de néo-gothiques : Pleurtuit (1873) ; Combourg (1881-1886) ; Bedée (1885-1888) ; Saint- Aubin d’Aubigné (1894-1899) ; Cesson-Sévigné (1899-1904)…

 D’une manière générale, la liste de quelques exemples de bâtiments contemporains de la construction de l’église de Liffré souligne l’inventivité architecturale de la Belle Epoque :

1875 : Inauguration de l’opéra Garnier à Paris.

1886 : Construction du château néo-gothique de Neuschwanstein en Bavière.

1887 : Naissance de Le Corbusier. Publication d’un des premiers ouvrages sur le béton armé par A. G. Wayss.

1889 : Construction de la tour Eiffel à Paris.

1892 : Construction par V. Horta de l’Hôtel Tassel à Bruxelles, véritable manifeste de l’Art Nouveau.

Bibliographie :

Banéat, P., Le Département d’Ille-et-Vilaine Histoire Archéologie Monuments, Rennes, 1927-1929, t. 2, p. 286.

Barbedor I., Inventaire général des monuments et des richesses artistiques de la France. Région Bretagne. Eglises d’Ille-et-Vilaine. L’architecte Arthur Regnault, Rennes, 1993, (Itinéraires du patrimoine n°34).

Guillotin de Corson A., Pouillé historique de l’archevêché de Rennes, Rennes-Paris, 1882-1886, t. 5, p. 73-74.

Orain, V. (éd.), Inventaire général des monuments et des richesses artistiques de la France. Région Bretagne. Ille-et-Vilaine. Eglises et Chapelles, Rennes, 1996, (Indicateurs du patrimoine, n° 210).

Pocquet du Haut-Jussé B., Le mobilier religieux du XIXe siècle en Ille-et-Vilaine, Bannalec, 1985, p. 281.

Remond R., Religion et société en Europe. La sécularisation aux 19eme et 20eme siècles. 1789-2000, Paris, 2001. 

Sparta C., Orain V., Menant M.-D., et alii, Inventaire général des monuments général des monuments et des richesses artistiques de la France. Région Bretagne. Eglises d’Ille-et-Vilaine. L’architecte Arthur Regnault. Itinéraire virtuel, Rennes, 2003.

Nicolas CORRE

          

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