
Présentation :
ADIV 165. Affiche électorale. 1934
Contexte :
Les documents issus des fonds de la société l’Avenir et transmis aux Archives départementales d’Ille-et-Vilaine permettent de retracer l’histoire originale de cette coopérative bretonne. Le 27 août 1921, quinze syndicalistes décidèrent de créer à Louvigné-du-Désert leur propre entreprise de production de granit, l’Avenir. Malgré des débuts difficiles, « pas de travail, pas d’argent pour acheter du matériel, des commandes difficiles » (M. Bouvier, 1981), l’entreprise devint dans les années 1950, la deuxième compagnie granitière bretonne. Emmené par son directeur Jean Patin, l’Avenir fournit du travail à des centaines d’ouvriers et anima la région de Louvigné jusqu’à sa fermeture en 1985. Cette Société Coopérative et Participative, ou SCOP, n’oublia cependant jamais les idéaux qui prélavèrent à sa fondation : Jean Patin, un homme « épris de justice sociale et économique » ne cessa se militer en faveur du développement de sa région natale et des œuvres d’entraide laïque, et l’attachement aux valeurs syndicales se manifesta dans l’obligation faite aux premiers membres de l’Avenir d’adhérer à la C.G.T. Les documents présentés laissent apparaître en filigrane la vie des ouvriers qui participèrent au développement de l’Avenir. L’histoire de cette petite entreprise est source d’enseignements pour notre époque, car elle révèle comment Jean Patin chercha toute sa vie à concilier deux objectifs qui semblent contradictoires, réussite économique et bien-être social.
Commentaire :
Directeur de la coopérative l’Avenir, Jean Patin est aussi un syndicaliste membre de la CGT, et avant tout un homme épris de justice. De 1924 à 1932, il animera la section louvignéenne de la Ligue des Droits de l’Homme. Dans la poursuite de son engagement militant, c’est tout naturellement qu’il s’était déjà porté candidat à différentes élections locales sous l’étiquette socialistes (municipales en 1920, conseil d’arrondissement en 1931, et cantonales en octobre 1934). En octobre 1934, le climat politique est fortement agité. A la suite des « événements tragiques de février 1934 », la gauche décide de s’unir au mis de juillet au sein du Front Populaire. Le PCF, le Parti Socialiste ou SFIO (Section Française de l’Internationale Ouvrière) et les radicaux passent un pacte d’unité et d’action et définissent une plate-forme électorale afin, notamment, d’ « empêcher le fascisme et sa dictature de s’installer en France ». Si l’objectif est bien de rassembler « tous les démocrates épris de libertés », la SFIO défend l’idée de mettre en place une « République sociale ». A aucun moment, l’ « Appel aux électeurs » ne fait cependant explicitement référence aux ouvriers, ni à la situation économique. Aucune mesure sociale n’est prévue. Depuis le début des années 1930, la crise frappe pourtant lourdement l’industrie granitière : depuis le mois d’avril, les ouvriers de la coopérative ont du accepter une diminution de salaire, et les commandes de pavés ou de monuments s’effondrent. Les différentes candidatures de Jean Patin sont autant d’échecs face aux candidats conservateurs fortement implantés, mais cela n’empêchera pas la victoire du Front Populaire en 1936, avec 60 % des sièges à l’Assemblée nationale.
Bibliographie
L’Avenir. Chronique d’une coopérative granitière (1921-1985), 2012, Rennes.
Le peuple des carrières. Voyages dans la culture granitière du Pays de Dinan, Rennes, 2011.
J. Cucarull, Le granit en Ille-et-Vilaine. Une économie, des hommes, un patrimoine, Rennes, 2011.
P. Gaboriau, « Les trois âges du vélo en France », Vingtième Siècle 29 (1991), p. 17-34.
M. Gasnier, Le paysage et l’industrie en Ille-et-Vilaine. XIXe – XXe siècles, Rennes, 2003.
C. Geslin et J. Sainclivier, La Bretagne dans l’ombre de la IIIe République (1880-1939), Rennes, 2005.
L. Le Du-Blayo, Le paysage en Bretagne. Enjeux et défis, Rennes, 2007.
G. Le Meur, Tailleurs de pierres, carrières de champions, Dinan, 2010
E. Poisson, La politique du mouvement coopératif français, Paris, 1929.
J. Sainclivier, L’Ille-et-Vilaine. 1918-1958. Vie politique et sociale, Rennes, 1996.
Nicolas CORRE
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