
Présentation :
24 H 123/2 ADIV (texte manuscrit sur parchemin, scellé sur double queues, 1255)
Transcription :
Omnibus presentes litteras visuris vel audituris, illustrissimus dominus Loheiacus, miles, eternam in Domino salutem. Noverint universi quod in mea presencia constitutus Hamo de Belocac (ou Belosac), armiger, pro salute anime sue et antecessorum et successorum suorum dedit et concessit in puram et perpetuam elemosinam abbatisse et conventui sancti Sulpicii, Rhedonensis dyocesis, viginti solidos annui redditus, ex toto feodo suo reddendos eidem abbatisse et conventui in perpetuum a domino Hamone et suis heredibus, ad decollationem sancti Joannis Baptiste annuatim. Insuper voluit et concessit idem Hamo coram me, spontanea voluntate, quod si ipse vel heredes sui primogeniti, qui pro tempore fuerint successores, dictis abbatisse et conventui, vel eorum certo nuncio dictos viginti solidos non redderent ad terminum supradictum, tenerentur dictis abbatisse et conventui in quinque solidos de pena. Teneretur eciam dictus Hamo et ejus heredes nuncio dictorum abbatisse et conventus in expensis racionabilibus perinde quam si pro querenda dicta pecunia faciet, cum redierit, vel expectaverit dictos viginti solidos, et penam, si commissa fuerit usque ad quindecim dies continuos post terminum assignatum. Si vero contigerit infra dictos quindecim dies a dicto Hamone, vel ejus heredibus satisfactionem non fieri dictis monialibus de premissis, voluit idem Hamo quod ego et successores nostri ipsum et heredes suos possimus compellere ad satisfactionem premissorum per captionem nannorum in terra sua vel alias prout melius et commodius videbitur in ipsius Hamonis vel heredum suorum contracto. Juravit eciam dictus Hamo pro se et heredibus suis, sacrosanctis tactis, contra donacionem hujusmodi in posterum non venire, sed eciam fideliter observare. In cujus rei testimonium et munimen, ad peticionem dicti Hamonis, dictis abbatisse et conventui dedi, salvo jure nostro in omnibus, presentes litteras in nostro sigillo sigillatas. Datum anno Domini M°CC°L°quinto, mense maii.
Traduction :
À tous ceux qui les présentes lettres verront ou entendront, le très illustre seigneur Louis, le chevalier, salut éternel dans le Seigneur. Que tous apprennent qu’en ma présence, a comparu Hamon de Blossac, écuyer. Pour le salut de son âme et celles de ses ancêtres et successeurs, il donne et concède dans une pure et perpétuelle aumône à l’abbesse et au couvent de Saint-Sulpice, diocèse de Rennes, une rente annuelle de vingt sols, rassemblés à partir de tous ses fiefs, à l’abbesse et au couvent à perpétuité, par le seigneur Hamon et par ses héritiers, chaque année à la Décollation de Saint Jean-Baptiste. De plus, en ma présence, le même Hamon accepte et autorise, par volonté spontanée, que si lui ou les héritiers de son premier-né, qui seront à l’avenir ses successeurs, ne restituent pas les dits vingt sols au terme susdit, aux dits abbesse et couvent, ou à un messager déterminé, ils devront cinq sols de peine aux dits abbesse et couvent. Ainsi, le dit Hamon et ses héritiers devront au messager des dits abbesse et couvent, ces paiements raisonnables, s’il est fait réclamation de la dite somme, celui-ci s’en retournera et attendra les dits vingt sols, ainsi que l’amende, si le mandement a été faite jusqu’à quinze jours continus après le terme assigné. Si à la suite des dits quinze jours, le dit Hamon ou ses héritiers n’ont pas donné satisfaction aux dites moniales de ce qui a été prévu, le même Hamon désire que moi ou mes successeurs puissions nous adresser à lui ou à ses héritiers afin d’obtenir satisfaction de ce qui a été prévu par la prise de ses terres ou d’autres biens plus commodes et meilleurs, prévus par contrat par Hamon ou ses héritiers. Le dit Hamon jura pour lui et pour ses héritiers, sur les saintes Écritures, de ne pas contrevenir à cette rente à l’avenir, mais de l’observer fidèlement. Attestant et garantissant ce don, à la demande du dit Hamon, des dits abbesse et couvent, sauf notre droit en toutes choses, les présentes lettres scellées de notre sceau. Donné l’an du Seigneur 1255, au mois de mai.
Commentaire :
Grâce aux dons de toutes sortes qui lui ont été faits, l’abbaye de Saint-Sulpice a pu rapidement s’enrichir et faire face aux multiples missions et charges qui lui incombaient. L’acte notarial d’Hamon de Blossac, où se mêle le spirituel, le juridique et l’économique, révèle à quel point ce genre d’aumône n’avait rien de simple. Hamon s’engage à verser à perpétuité une rente de vingt sols à l’abbaye de Saint-Sulpice. Il fait ce don en son nom propre mais cet acte engage aussi ses « héritiers nés de son premier-né », c’est-à-dire seulement ceux qui continueront à porter son titre, celui de chevalier de Blossac, transmis selon les règles de la primogéniture masculine. Ce texte montre donc à quel point l’Eglise catholique a réussi à imprégner l’ensemble de la société féodale et en particulier la classe combattante : le notaire date l’acte de donation de l’ « an du Seigneur 1255 » et la rente doit être versée aux moniales de Saint-Sulpice pour le « salut de [son] âme et celles de [ses] ancêtres et successeurs » ; ce versement doit être effectué chaque année lors « la Décollation de Saint Jean-Baptiste », le 29 août, et le chevalier doit jurer, pour lui et ses descendants, sur les « Saintes Ecritures ».
Hamon était persuadé que le salut de son âme était réellement engagé. Le soin avec lequel il s’assurait que la rente soit effectivement versée montre l’importance qu’il attachait à cette aumône. L’acte est rédigé par un notaire dont le nom reste inconnu, et authentifié par les sceaux de l’auteur ou d’Hamon de Blossac. Hamon prévoit même que si lui ou un de ses descendants refusent de payer au terme prévu, le 29 août, ils devront acquitter une amende supplémentaire de cinq sols. Il voit même plus loin : si jamais les nonnes n’obtiennent pas ce qui leur est dû, elles pourront se rembourser par la « prise de ses terres ou d’autres biens plus commodes et meilleurs », sans doute des possessions immobilières de la famille. Pour l’Eglise catholique, s’engager « à perpétuité » n’est d’ailleurs pas qu’une simple vue de l’esprit car, encore en 1507, les héritiers du seigneur de Blossac doivent, à la demande de l’abbesse, confirmer qu’ils continueront à respecter la promesse de leur ancêtre
La rente doit être obtenue à partir de taxes imposées aux paysans installés sur les possessions féodales de la famille de Blossac. La localisation de ces fiefs n’est pas précisée, mais le sceau apposé à la charte peut nous en donner une idée. Il est probable que ces terres devaient être en grande partie situées dans la commune de Goven, en Ille-et-Vilaine. Les Belosac ou Blossac étaient les seigneurs du village au Moyen-Âge, et leur château est d’ailleurs toujours visible. La comparaison entre le blason d’Hamon et les armoiries actuelles de Goven (de vair, à la fasce de gueules chargée d’un huchet d’or virolé de sable) rappelle ce lien. La brisure (c’est-à-dire la modification) du blason des Blossac par l’ajout d’un cor jaune (« un hucher d’or ») est censée rappeler, par l’évocation de la chasse, les landes et les forêts de la commune.
Nicolas CORRE
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